Au cœur du vieux Saint-Martin
À l’angle du boulevard Saint-Martin Ouest et de la rue du Couvent, tout près de l’ancienne place de l’église, se dresse une imposante maison de pierre. Aujourd’hui connue sous le nom de maison Papineau-Cléroux, elle occupe un emplacement stratégique du vieux village de Saint-Martin : un lieu où l’on habitait, où l’on travaillait et où l’on se rencontrait.
Son histoire ne tient pas dans une seule date. Les recherches patrimoniales confirment qu’une maison de pierre de deux étages se trouvait déjà sur ce site en 1832. Elles demeurent toutefois prudentes : le bâtiment que nous voyons aujourd’hui a traversé des transformations importantes, notamment un incendie et une reconstruction ou une réfection majeure à la fin du XIXe siècle. Ses racines remontent donc au premier tiers des années 1800, tandis que son visage actuel raconte plusieurs époques à la fois.
Une maison née pour recevoir
Dès les années 1830, le rez-de-chaussée accueille un magasin général où l’on vend des marchandises sèches, de la quincaillerie, des produits d’épicerie et d’autres articles de commerce. À une époque où Saint-Martin se développe autour de son église et de ses voies de circulation, la maison devient naturellement un point de passage et d’échanges.
Cette double vocation - commerciale et résidentielle - restera inscrite dans l’organisation du lieu. Les documents évoquent, selon les périodes, un magasin général, des bureaux de notaire, un barbier et probablement un bureau de poste. Deux façades distinctes, deux accès et des traitements architecturaux différents témoignent encore de cette manière d’habiter la maison tout en l’ouvrant sur la communauté.
1869 : l’empreinte d’André-Benjamin Papineau
Le 1er septembre 1869, le notaire André-Benjamin Papineau acquiert la propriété d’Édouard Paquette pour 900 dollars. L’acte décrit alors une maison en pierre et une grange. Cousin de Louis-Joseph Papineau, André-Benjamin est une figure active de Saint-Martin : notaire, homme engagé dans la vie paroissiale et municipale, il est aussi associé à l’histoire des Patriotes.
Les sources locales indiquent qu’il aurait utilisé la maison comme bureau d’affaires. Un témoignage recueilli plus tard situe son étude près de l’église et mentionne que sa sœur travaillait au bureau de poste. Ces éléments renforcent l’image d’une demeure profondément liée à la vie quotidienne du village - à la fois privée, professionnelle et publique.
Une architecture composée au fil du temps
La maison Papineau-Cléroux ne relève pas d’un style unique. C’est justement ce qui lui donne son caractère. Sa pierre, son volume rectangulaire et sa proximité du sol rappellent la maison traditionnelle. Puis viennent s’ajouter des signes d’une architecture plus ambitieuse : symétrie des ouvertures, fenêtre palladienne, toit mansardé, balcons ouvragés, dentelle de bois et tourelle coiffée d’un toit en poivrière.
L’étude patrimoniale y voit une véritable recherche de statut social : une maison villageoise ancienne transformée pour adopter les goûts de l’époque victorienne. Des influences géorgiennes, Queen Anne et Second Empire y cohabitent sans effacer la structure d’origine. Il ne s’agit pas d’une architecture figée, mais d’une demeure façonnée par ceux et celles qui l’ont occupée.
De la famille Cléroux à la sauvegarde du bâtiment
La famille Cléroux habite la maison durant une grande partie du XXe siècle. Origène Cléroux, propriétaire et résident à partir de 1940, a contribué à la connaissance du lieu en transmettant des souvenirs familiaux aux chercheurs. En 1985, le bâtiment est vendu au CLSC Norman-Bethune.
La suite est plus fragile. Devenue inoccupée, la maison est placardée au début des années 1990. En 1996, les spécialistes tirent la sonnette d’alarme : galeries instables, boiseries déplacées, toiture abîmée, joints de pierre déficients. Ils recommandent une intervention rapide et reconnaissent dans le bâtiment un témoin exceptionnel de l’ancien village de Saint-Martin.
Après avoir été abandonnée et placardée pendant près de 16 ans, la maison sera restaurée avec grand soin par Luc Allard dès la fin de 2007.
Un nouveau chapitre : Maison Jacynthe Laval
En 2026, la maison Papineau-Cléroux entreprend un nouveau chapitre avec Maison Jacynthe. Ce choix nous touche particulièrement parce qu’il prolonge la vocation profonde du lieu. Depuis près de deux siècles, cette maison rassemble la vie privée, le commerce, le travail et les échanges. Elle a toujours été plus qu’une résidence : une présence vivante au cœur de son quartier.
Nous souhaitons l’habiter avec respect, mettre en valeur son caractère et préserver ce qui la rend unique. Derrière sa façade de pierre, ses boiseries et sa tourelle, nous voyons un espace de beauté, de bien-être et de rencontres - une maison au sens le plus précieux du terme.
Nous avons hâte de vous y recevoir et de vous laisser découvrir, à votre tour, l’atmosphère chaleureuse de cette demeure patrimoniale.
Sources principales
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Ville de Laval, Étude ethno-historique et architecturale — Paroisses et villages anciens de Ville de Laval, volume 4, Saint-Martin, chapitre 2.5 : « L’édifice du 4040 boulevard Saint-Martin », 1996.
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Gaston Chapleau, Titres immobiliers de l’île Jésus, fiches du lot 465 concernant les transactions immobilières de 1868 et 1869, révision du 16 mars 2002.
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Société d’histoire et de généalogie de l’île Jésus, Bulletin de l’île Jésus, article « Maison Papineau-Cléroux », décembre 2002.
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Laure Gauthier-Pelletier, Cahiers d’histoire de l’île Jésus, extrait consacré à André-Benjamin Papineau, Laval, 1985.
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Ministère des Affaires culturelles du Québec, fiche d’inventaire architectural et de gestion du patrimoine consacrée à la maison du boulevard Saint-Martin.
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Ville de Laval, fiche « Bâtiment d’intérêt patrimonial » concernant le 4040, boulevard Saint-Martin Ouest.
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Luc M. Allard Architecte, « L’histoire du 4040 Saint-Martin Ouest — La maison Papineau-Cléroux ».
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