Au Canada, c'est environ 15% de la population qui souffrirait de reflux gastro-œsophagien (RGO).
En effet, les antiacides de type IPP (inhibiteurs de la pompe à protons) sont parmi les médicaments les plus utilisés par la population. 1 Toutefois, le RGO n’est pas toujours associé à une trop grande acidité. Au contraire, le manque d'acidité peut lui aussi causer une remontée du contenu de l'estomac vers l'œsophage.
Voyons plus en détail ce qu'on appelle l’hypochlorhydrie et l’hyperchlorhydrie ainsi que ce qu'il est possible de faire pour aider à diminuer le reflux gastro-œsophagien.
Tout d’abord, peu importe la cause du reflux gastro-œsophagien, certaines habitudes simples peuvent être mises en place pour en diminuer l'incidence :
-
Se mettre dans un bon état d'esprit : Le nerf vague joue un rôle important dans les fonctions digestives, notamment dans l'estomac. Faisant partie du système nerveux autonome parasympathique, le stress inhibe son action. Il est donc important de manger dans le calme, en pleine conscience. Des exercices de relaxation juste avant de manger comme quelques respirations profondes du type cohérence cardiaque peuvent aider à activer le SNA parasympathique.
-
Prendre le temps de bien mastiquer chaque bouchée : L'estomac nécessite que son contenu devienne suffisamment homogène afin de permettre son passage vers le duodénum. La mastication est donc primordiale pour diminuer le temps de vidange gastrique et limiter les effets indésirables de la stase gastrique, augmentant le risque de RGO.
Le rôle de l’acide gastrique
Premièrement, il est important de préciser qu’un estomac acide est tout à fait souhaitable. En effet, l’acidité permet entre autres de débuter la digestion des protéines et d’absorber plusieurs micronutriments comme la vitamine B12 et différents minéraux tels que le fer, le magnésium, le calcium et le zinc.
L'acidité de l’estomac agit également comme une première ligne de défense contre les bactéries pouvant être présentes dans ce que nous ingérons, pouvant même contribuer à l’apparition de ce qu’on appelle le SIBO (small intestine bacterial overgrowth). Vous comprendrez donc que le but n’est pas de neutraliser le contenu de l’estomac. 2,3
Hyperchlorhydrie
L’hyperchlorhydrie, ou hyperacidité, se décrit par une production augmentée d’acide chlorhydrique par les cellules pariétales de l'estomac. Toutefois, ce n’est pas tellement que l’estomac devient réellement plus acide en termes de pH, mais plutôt que les mécanismes de régulation de l’acidité et de protection de la muqueuse sont débalancés.
La production d’acide chlorhydrique (HCl) est influencée par différents stimuli 4 :
-
L’histamine est une molécule produite par les cellules ECL de l’estomac en réponse à la gastrine et à l’acétylcholine. Elle se lie aussi aux cellules pariétales pour activer la production de HCl. Certains aliments contiennent naturellement de l’histamine ou augmentent sa libération, notamment les aliments fermentés ou vieillis, l’alcool, le cacao, les agrumes, les tomates, etc.
-
L’acétylcholine est le principal neurotransmetteur du nerf vague qui innerve l’estomac. Il est libéré avant même de manger, simplement par la pensée d’un repas imminent, mais aussi en réponse à la distension de l’estomac et à la présence de protéines. Il agit sur les différentes cellules de l’estomac pour augmenter la quantité de HCl. C’est une des raisons qui expliquent l’augmentation de la sensation d’acidité lors d’un repas copieux.
-
La somatostatine est une molécule produite par les cellules D de l’estomac et qui est responsable d’inhiber la production d’acide chlorhydrique. Une inflammation gastrique (gastrite) peut endommager les cellules D, ce qui diminue la somatostatine, et augmente l’acidité, tout comme une infection à H. pilori.
Entre l’œsophage et l’estomac se trouve le sphincter œsophagien inférieur (SOI) qui, normalement, se ferme en réponse à l'acidité gastriqueù. Toutefois, un excès de gastrine à long terme peut perturber la réponse du SOI et créer une hypotonie. Le stress, en inhibant l’action du nerf vague, est également un déclencheur courant du relâchement transitoire du SOI ainsi que divers aliments tels que la caféine, le tabac ou le cacao. Ce relâchement permettra donc la remontée de l’acidité dans l'œsophage.
De plus, lorsque le contenu de l’estomac quitte vers le duodénum, celui-ci produira la sécrétine en réponse à l’acidité pour éviter les dommages à la muqueuse duodénale et prévenir son ulcération. La sécrétine enverra le message au pancréas de libérer son suc pancréatique riche en bicarbonate, neutralisant le chyme. La sécrétine ralentira également la vidange gastrique pour permettre suffisamment de temps à la neutralisation. 4
Donc, en cas d’hyperchlorhydrie, il y aura plus de sécrétine et donc plus de stase dans l’estomac. Ce qui peut également expliquer pourquoi les repas copieux semblent empirer le reflux gastrique car ceux-ci restent longtemps dans l’estomac, ce qui peut augmenter la pression intra-abdominale et aggraver le reflux.
Évidemment, les médicaments comme les IPP sont pertinents dans certains cas comme les ulcères ou les gastrites à court terme, le temps du rétablissement. Cependant, de plus en plus d’études mettent en garde contre l’utilisation à long terme qui serait risquée, entre autres pour la malabsorption de nutriments qui, sur plusieurs années, semble associée à différents problèmes comme certains problèmes cardiovasculaires et rénaux, une augmentation des fractures ou la démence. 5
Suppléments pertinents
-
Mucilage : Provenant de différentes plantes comme la racine de guimauve ou les fibres solubles (psyllium, orme rouge) par exemple, il agit comme un gel protecteur sur la muqueuse, réduisant le contact direct avec l’acide. 7
Hypochlorhydrie
L’hypochlorhydrie se caractérise par une diminution de l'acidité de l'estomac dû à un manque d'acide chlorhydrique. Normalement, le pH de l’estomac se situe entre 1 et 3. En cas d’hypochlorhydrie, celui-ci peut se situer entre 3 et 5, voire même 6 ou 7 dans les cas plus graves. 2,3
Plusieurs facteurs peuvent expliquer une diminution de production d’acide chlorhydrique :
-
Le stress chronique, et donc le cortisol constamment élevé, inhibe le nerf vague qui est associé au système nerveux parasympathique. Cela bloque l’acétylcholine et son action sur les différentes cellules de l’estomac pour la production d’acide chlorhydrique. 2,3
-
Une altération de la muqueuse de l’estomac et donc des cellules pariétales, due à une inflammation chronique ou une infection à H. Pylori en phase tardive. Il y a également une diminution du nombre de cellules pariétales avec l’âge. L’utilisation chronique de médication anti-acide peut aussi rendre les glandes inactives lors d’une utilisation prolongée. 2
Comme le SOI se referme entre autres en réponse à une acidité suffisante, en cas d’hypochlorhydrie, celui-ci se fermera moins efficacement. Cela permettra donc la remontée du contenu de l'estomac qui, même à un pH moins acide voire neutre, sera irritant pour l'œsophage. 2,3
De plus, la pepsine, une enzyme nécessaire à la digestion des protéines, est activée seulement lorsque le pH est de moins de 3. Dans le cas contraire, la digestion des protéines sera plus difficile et pourra retarder la vidange gastrique le temps que le chyme soit plus homogène et prêt à quitter l’estomac, d’où l’impression de digestion lente. Aussi, comme un des rôles de l’acidité est de «stériliser» le bol alimentaire, en cas d’hypochlorhydrie et de la stase gastrique associée, il y a souvent plus de fermentation. Ceci aura pour effet d’augmenter la pression intra-abdominale et un sensation de lourdeur après le repas ainsi que des éructation fréquentes.
Suppléments pertinents :
-
Plantes amères (pissenlit, chardon-marie, bardane, gingembre, menthe…) : Sont traditionnellement utilisées en herboristerie pour stimuler la production des différents sucs digestifs, dont les sucs gastriques, pour une meilleure digestion. 3
-
Magnésium : Sans avoir un effet direct sur l’estomac, le magnésium est reconnu pour soutenir la fonction du système nerveux autonome parasympathique, important pour la stimulation vagale de l’estomac et la sécrétion d’acide gastrique.
Comment savoir si notre estomac est assez acide
Il est possible de réaliser un simple test pour vérifier le pH de votre estomac. Avant de manger, il suffit de prendre une demi-tasse d'eau et d'y ajouter ¼ de cuillère à thé de bicarbonate de soude. Lorsque vous le buvez, si le pH de votre estomac est suffisamment acide, la réaction entre le bicarbonate de soude et l’acide chlorhydrique produira une effervescence et donc une éructation (rot) dans les 3 à 5 minutes suivantes. Si rien ne se produit, c'est peut-être le signe que votre estomac a un pH trop élevé. 2 Auprès de votre médecin, il est également possible d'obtenir une mesure précise du pH de l’estomac.
Finalement, peu importe si vous pensez avoir du reflux gastro-œsophagien, que ce soit causé par une hypochlorhydrie ou une hyperchlorhydrie, il est toujours important d’en discuter avec votre professionnel de la santé pour évaluer s'il y a présence d'une cause sous-jacente nécessitant un traitement médical, comme une infection à H. Pylori par exemple. Votre professionnel de la santé pourra également vous guider sur l’approche à favoriser si vous souhaitez utiliser des produits de santé naturels.
Références
1. «Le reflux gastro-oesophagien pathologique» Fondation Canadienne de la Santé Digestive. (Consulté le 10 août 2025). https://cdhf.ca/fr/digestive-conditions/gerd/
2. «Hypochlorhydria» Cleaveland Clinic. 27 juin 2022. (Consulté le 10 août 2025). https://my.clevelandclinic.org/health/diseases/23392-hypochlorhydria
3. Saverioni, Lorenza. «L’hypochlorhydrie, trop souvent ignorée» ANAQ. (Consulté le 10 août 2025). https://anaq.ca/habitudes-de-vie/comprendre-lhypochlorhydrie/
4. McKinley P, O’Loughlin VD, Bidle TS. (2013). Anatomy & Physiology - An integrative Approach. 3rd ed., McGraw-Hill. 1478 p.
5. Maideen NMP. Adverse Effects Associated with Long-Term Use of Proton Pump Inhibitors. Chonnam Med J. 2023 May;59(2):115-127. doi: 10.4068/cmj.2023.59.2.115. Epub 2023 May 25. PMID: 37303818; PMCID: PMC10248387.
6. Shen J, Guo Y, Cao R. The relationship between amino acids and gastroesophageal reflux disease: evidence from a mendelian randomization analysis combined with a meta-analysis. Front Immunol. 2025 Mar 4;16:1420132. doi: 10.3389/fimmu.2025.1420132. PMID: 40103821; PMCID: PMC11914792.
7. Komolafe K, Komolafe TR, Crown OO, Ajiboye B, Noubissi F, Ogungbe IV, Graham B. Natural Products in the Management of Gastroesophageal Reflux Disease: Mechanisms, Efficacy, and Future Directions. Nutrients. 2025 Mar 19;17(6):1069. doi: 10.3390/nu17061069. PMID: 40292509; PMCID: PMC11944625.
Maison Jacynthe se décharge de toute responsabilité. L’ensemble de l’information contenue sur cette page ne cherche pas à se substituer à un traitement allopathique justifié, ni à écarter l’expertise du corps médical. Il revient à chaque individu de prendre en charge sa santé, de s’informer et d’apporter les changements nécessaires afin d’améliorer sa condition. La supervision thérapeutique par un professionnel qualifié dans le domaine de la santé est évidemment suggérée.
Laissez un commentaire