Mon amie Jacynthe me demande quelle différence entre aromathérapie et parfumerie ?

A cette question, je répondrais que tout est ou devrait être lié !

Mais pour comprendre cela, un peu d’histoire s’impose.

A l’origine - notamment en Egypte et à la grande époque des pharaons -, le parfum était relié littéralement au divin et permettait d’accéder, in fine, à la vie éternelle.

Lors de « la célébration du grand départ », on pratiquait des embaumements et les défunts devenaient alors des « parfumés » des dieux. Doté de pouvoirs, le parfum était à la fois voué au sacré et à la médecine, préventive et curative. On l’utilisait pour se protéger des contagions possibles et lutter contre les épidémies.

En survolant l’histoire, au fils des siècles, sa forme esthétique évolua pour l’amener sur le chemin de « la séduction ».

On doit très naturellement cette progression aux découvertes de matières premières aromatiques naturelles puis synthétiques, aux techniques d’extractions, à la recherche des parfumeurs, aux différents courants de pensées, aux modes… qui vinrent enrichir ses méthodes de fabrication et bouleversèrent le paysage de la parfumerie.

Soyons clair : nous avons oublié en route la dimension empirique du parfum qui soignait et son sens premier, pour nous tourner et développer, jusqu’à affirmer notre insatiable besoin de séduire. Car le parfum est devenu plus que jamais un atout social et esthétique dont nous nous parons pour compléter notre toilette ; dans une certaine mesure, il est un tel un supplément d’âme que l’on vient déposer sur soi comme pour signer et affirmer notre personnalité.

Chaque matière doit vibrer, à l’instar des mots ou des sons, pour offrir la plus belle des histoires ou la plus douce des mélodies. Il va sans dire que je prône également cet axe dans mon cheminement de parfumeur avec le souhait profond d’embellir l’être, l’esprit et bien sûr l’âme.

C’est pour cela qu’être parfumeur nécessite un certain regard, une exigence, une attitude, une curiosité, une vraie audace et même… de l’humour ! C’est un processus de création subtil qui exige de la sérénité, de rester centré sur ses émotions et en quête de l’accord absolu ; ce que j’appelle avec les années « mon graal aromatique ».

Véritable art majeur à mes yeux, la parfumerie doit trouver bien entendu le juste équilibre entre la maîtrise des matières premières, la construction d’une mémoire olfactive, la connaissance scientifique des matières premières et, par-dessus tout, s’appuyer sur le feeling du créateur. Tout cela doit nourrir cet « architecte des sens » vers la plus belle des créations.

Ainsi, le nombre d’ingrédients varient en fonction du bon vouloir et de l’histoire que le parfumeur souhaite raconter. A titre personnel et pour le bien de mes créations olfactives, j’invite parfois plus de cinquante matières premières. On dit dans le métier,

« forcer le trait » ! Seul compte le résultat, à l’instar d’une peinture qui nécessite une palette riche en couleurs. Raffinement et sophistication oblige !

Aucun rapport avec l’aromathérapie qui peut se contenter d’1 à 10 huiles essentielles pour soigner et offrir un soin tout aussi efficace. Ici, la recherche est axée principalement sur l’effet thérapeutique et bien sûr émotionnel, mais sans véritable besoin esthétique. Car la référence à l’aromathérapie, - terme que l’on doit au chimiste français René-Maurice Gattefossé (1881 – 1950) -, indique clairement une technique médicale de soins par les huiles essentielles.

Celles-ci apportent à notre organisme les concentrés de la nature les plus précieux pour rétablir ou préserver l’équilibre indispensable à notre santé. Leurs modes d'utilisation couvrent un très large spectre, de l’inhalation à la diffusion dans l’atmosphère, du bain aromatique au massage et/ou à la friction pure, de la prise orale à l’administration rectale. Ainsi, l'aromathérapie est une thérapeutique complète qui prend soin de l’individu dans sa globalité et a pour but son harmonisation physique et émotionnelle.

Bien sensoriellement

Jean Charles Sommerard